Accueil > Articles> > Start-up biotech, appât du gain et obsolescence banalisée
Article publié le mardi 1er octobre 2024 revu le mardi 1er octobre 2024
biotechnologie
Lors d’un dîner entre amis ou collègues, il est toujours très spirituel de causer de sujet "high tech" comme de l’intelligence artificielle qui va transfigurer notre monde ou de l’esprit d’initiative des jeunes pousses -dites "start-up", c’est plus coule-. Il est vrai que dans leurs discours merveilleux, elles nous promettent des artefacts, médicaments et logiciels miraculeux.
Par exemple, elles promettent de nous amener à l’homme augmenté. Ce fut le cas de Michael STRAIGHT, jockey étasunien rendu paraplégique suite à une chute de cheval. En 2014, il s’était offert un exo-squelette LifeWard® pour une (conséquente) poignée de dollars. L’émotion aidant, on a pu crier au miracle de la technologie et honorer l’esprit d’entreprise startupien.
Cette année, en 2024, la batterie de son dispositif est tombée en panne. La défaillance des batteries est un vieux problème. Mais ici, c’est plus embarrassant, par exemple, que le problème des batteries d’Apple collées et irremplaçables.
Vous me direz : « une fois la batterie morte, les utilisateurs peuvent acheter un téléphone neuf ». Oui, ils peuvent gaspiller leur argent et polluer la planète en envoyant leur téléphone dans une décharge à ciel ouvert du Ghana et repasser à la caisse pour un nouveau morceau de rêve conçu en Californie et produit en Chine. [1]
Pour Michael, en revanche, le problème fut un peu plus crucial ; on lui annonça que son appareil vieux de cinq ans n’était plus couvert par la garantie et donc irréparable... Lui a-t-on dit « faut passer au dernier modèle » ? Comme ce que font des millions de corniauds avec leurs « smartphones » . Les téléphones seraient-ils parois plus « smart » que leur propriétaires ?
Mais on ne jette pas un exo-squelette de 100.000 dollars avec autant de souplesse et légèreté. Après avoir titillé la société LifeWard sur les réseaux sociaux, Michael a obtenu gain de cause. Une petite soudure a remis l’appareil en état de marche.
Dans son livre « L’homme augmenté » [2], Raphaël GAILLARD rapporte cette autre horrible histoire qui a été publiée par le journaliste Liam DREW [3] du magazine « Nature ». Markus Möllmann-Bohle est un patient atteint d’algies vasculaires du visage depuis l’âge de 22 ans. Des années de souffrances plus tard, à 41 ans en 2013, il reçoit un minuscule implant dans la joue qui le délivre enfin de ses douleurs. En 2019, la start-up qui produit l’implant bio-technologique, Autonomic Technologies®, dépose le bilan : le logiciel qui permet de calibrer l’implant n’est plus maintenu et n’est pas un logiciel libre. L’implant devient inutile... Markus et 700 autres patients implantés comme lui sont abandonnés à l’état de cyborgs défaillants.
J’ai oublié de préciser que Makus est ingénieur. Il a su bidouiller un nouvel implant, fait sur mesure par une entreprise chinoise sur ses propres spécifications techniques !
Pour Markus, c’est une fin heureuse, mais qui doit nous alarmer.
Le marché des biotechnologies pèsera des milliards de dollars à très court terme. Les start-up sont toutes alignées sur la ligne de départ de la course à l’homme augmenté. Mais l’appât du gain se dissimule mal derrière les grandes déclarations sur l’avenir radieux de l’humanité. Il arrivera un jour où des millions d’hommes et de femme se verront implanter des dispositifs neurotechnologies de toutes sortes et se verront à la merci de l’obsolescence banale qui a de beaux jours devant elle. Dans film de SF dystopique, il y aura sans doute des décharges pour cyborgs...
Je suppose que les chez transhumanistes startupiens, on ne manque pas de créativité, de volonté, de conviction, d’opiniâtreté et de sens de la communication -pardon de la propagande-. Mais si vous y cherchez quelques traces d’humanisme, de sagesse ou de philosophie ou encore de générosité, vous serez déçu.
[1] Le litige qui opposa la firme de Cupertino a ses afficionados a conduit à l’obligation de permettre aux utilisateurs de changer (presque) facilement leurs batteries de téléphone. Tout n’est pas noir.
[2] L’homme augmenté - Raphaël Gaillard - Grasset 2024
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